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L'ecstasy fait-il triper le système immunitaire?

Alan Boutilier and Sean Hosein
CATIE News: novembre 22, 2001 click here for english language version of article

L'ecstasy est une drogue récréative populaire qui procure un sentiment d'euphorie à l'usager. Bien qu'il soit considéré comme sécuritaire par ses adeptes, cette drogue revêt un côté sombre. En effet, des cas préoccupants de pertes de mémoire à long terme ont été relevés chez des anciens utilisateurs d'ecstasy. Plus récemment, des données inquiétantes ont découlé de recherches effectuées dans l'Union européenne en ce qui concerne l'impact de l'ecstasy sur le système immunitaire des souris et des humains.

Détails de l'étude

Les chercheurs ont recruté 17 hommes en bonne santé pour une série de courtes études contrôlées contre placebo sur l'ecstasy. Les sujets ont reçu 100 mg d'ecstasy une ou deux fois sur une période de 24 heures. Des échantillons de sang ont été prélevés avant, durant et après l'étude.

Résultats – une seule dose

Les chercheurs ont trouvé que la prise d'une seule dose d'ecstasy (100 mg) par voie orale a provoqué une chute spectaculaire du niveau des cellules T, soit des cellules immunitaires nécessaires à la lutte contre les infections. Le nombre de cellules CD4+, un groupe spécifique de cellules T, a diminué d'environ 30 % dans les quelques heures suivant la prise de l'ecstasy. Heureusement, les niveaux de CD4+ sont revenus à la normale dans les 24 heures.

Résultats – deux doses

Chez les sujets ayant reçu deux doses de la drogue, à quatre heures d'intervalle, le déclin des CD4+ a été encore plus considérable, le nombre de cellules ayant atteint un niveau 40 % inférieur à la normale. Le nombre de cellules T a augmenté le lendemain, mais n'a pas retrouvé son niveau normal.

Dans le cadre d'une autre découverte intéressante, les chercheurs ont trouvé que l'ecstasy affaiblissait clairement la faculté des cellules T et d'autres cellules immunitaires de combattre les infections.

Pourquoi l'ecstasy nuit-il au système immunitaire?

Ces résultats ne devraient pas étonner outre mesure pour quelques raisons. D'abord, sur le plan chimique, l'ecstasy s'apparente à un groupe de substances appelées amphétamines. Ce groupe de drogues ne contribue pas à la santé du système immunitaire. L'équipe de recherche a également trouvé que l'exposition à l'ecstasy incitait l'organisme à produire des quantités accrues de l'hormone cortisol. Il est probable que la présence d'un surplus de cortisol a provoqué la chute temporaire des CD4+ en les incitant à quitter le sang en faveur des ganglions et des tissus lymphatiques. Les cellules ont regagné le sang après que le niveau de cortisol est redevenu normal. Il est possible que la présence d'un taux de cortisol supérieur à la normale puisse également expliquer l'incapacité des cellules immunitaires de lutter contre les infections de façon normale. Chez les personnes ayant le VIH/sida utilisant de l'ecstasy, la drogue risque de provoquer une augmentation de la charge virale en VIH.

Il importe également de rappeler que l'ecstasy peut atteindre des niveaux mortels dans le sang des PVVIH/sida qui suivent une thérapie anti-VIH comportant un inhibiteur de la protéase ou un non-nucléosidique (inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse).

On doit également tenir compte du fait que les chercheurs ont utilisé une forme d'ecstasy relativement pure. Dans le vrai monde, il n'est pas rare que l'ecstasy soit mélangé avec une petite quantité d'amphétamine ou de LSD. Contrairement au cas des médicaments homologués, aucune agence indépendante n'est autorisée à conduire des tests de contrôle de la qualité pour s'assurer que le produit final ne contient aucun contaminant chimique. Aucune agence n'est habilitée non plus à obliger les fabricants de l'ecstasy à mener des études sur l'impact à long terme de la drogue sur la santé des consommateurs. Face à la popularité croissante de cette drogue, il est clair que les experts de la réduction des méfaits ont du pain sur la planche.

—Sean Hosein

RÉFÉRENCES

1. Boot BP, McGregor IS and Hall W. MDMA (Ecstasy) neurotoxicity: assessing and communicating the risks. Lancet 2000;355:1818-1821.

2. Pacifici R, Zuccaro P, Farré M, et al. Effects of repeated doses of MDMA ("Ecstasy") on cell-mediated immune response in humans. Life Sciences 2001;69:2931-2941.

3. Connor TJ, Connelly DB and Kelly JP. Methylenedioxymethamphetamine (MDMA; 'Ecstasy') suppresses antigen specific IgG2a and IFN-gamma production. Immunology Letters 2001;78(2):67-73.

4. Reneman L, Lavalaye J, Schmand B, et al. Cortical serotonin transporter density and verbal memory in individuals who stopped using 3,4-methylenedioxymethamphetamine (MDMA or "ecstasy"): preliminary findings. Archives of General Psychiatry 2001;58(10):901-906.

5. Vastag B. Ecstasy experts want realistic messages. Journal of the American Medical Association 2001;286(7):777.

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CATF-N20011104


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